La Saturn sur le sol américain

Rédigé par zikzak - 29 décembre 2005

Résumé de son échec.

1985, Nintendo ressuscite le jeu vidéo avec la NES après le crash vidéo-ludique qui coûta beaucoup à Atari alors maître du domaine aux Etats-Unis. De nombreuses compagnies s’engouffrèrent alors dans la brèche pour suivre Nintendo, Sega était l’une de ces compagnies.
La NES devra se battre avec une Master System de Sega bien plus puissante et pourtant la NES restera maître sur l’archipel nippon. Sega prendra alors les devants en Amérique et en Europe, ce qui lui permettra d’obtenir un succès mérité qui permettra d’installer l’enseigne dans le coeur de nombreux joueurs.
La guerre Nintendo Vs. Sega a donc commencé, début 90 c’est l’ère des 16bits, s’opposeront alors la SuperNintendo et la Megadrive sur les trois marchés.

Si Sega prend de l’avance aux USA c’est bien grâce à Tom Kalinske qui fait des pieds et des mains pour se différencier de Nintendo avec un marketing féroce, promouvant les jeux de sports sur la Genesis (le nom américain de la Megadrive), lançant une campagne publicitaire massive sur MTV et allant même jusqu’à modifier le package de base de la Genesis en baissant son prix et en remplaçant Altered Beast par Sonic the hedgehog.
C’est ainsi qu’Electronic Arts prend ses lettres de noblesse dans le jeu de sport sur console.
Tout cela permit à Sega de prendre 50% de part de marché là où au niveau mondiale elle ne représentait que 5% durant l’ère 8bits.

C’était l’âge d’or de Sega

1993, la Saturn était une machine à la puissance monstrueuse, descendante des system32 et model1 des bornes d’arcade de la firme. Capable de faire beaucoup de choses en 2D et de fournir suffisamment de puissance en 3D pour l’époque avec pour concurrente directe la 3DO.

Un avenir radieux semblait attendre la console 32bits de Sega.
C’est alors que Sony entre en scène, il faut savoir que la Playstation était à la base un projet de lecteur CD pour la Supernintendo tout comme le MegaCD pour la Megadrive. Le projet fut abandonné par Nintendo avec pertes et fracas. Sony se venge alors en développant une console sur les bases du projet Playstation et aboutira à son premier succès que nous connaissons tous.

Sony dévoilera les capacités de la Playstation juste après que Sega en ait fait de même pour sa Saturn. La console de Sony était alors meilleure que la Saturn en tous points, 3D, 2D, facilités de développement.
Fin du premier round mais Sega avait encore une année avant le lancement de sa machine prévu pour 1994. Ce fut alors la course à la puissance dans chacun des R&D.

La nouvelle Saturn sera une machine bi-processeur, ce qui sur le papier enfonce complètement la Playstation mais qui donnera beaucoup de fil à retordre aux développeurs qui auront assez de courage pour se pencher sur la bête. Qui plus est les kits de développement étaient alors peu ergonomiques et rajoutaient encore de la difficulté aux studios de développement. Les développeurs commencèrent à quitter la galère Saturn pour rallier le navire Sony.

Fin 1994 les Saturns se vendent comme des petits pains au Japon pour le lancement des deux machines, la console de Sega permettant alors de jouer au blockbuster Virtua FIghter. Sega a alors une avance sur Sony.

D’ici fin 1995 aux Etats-Unis, les deux machines devraient apparaître sur les étals. Sega est conscient du problème de sa logithèque avec Virtua Fighter beaucoup moins apprécié du public américain que du public japonais, et cela ne risque pas d’aider la Saturn à combattre la machine de Sony.

C’est alors que Sega fait une révélation incroyable durant l’E3 de mai 1995, la Saturn est dors et déjà disponible, donc avec 4 mois d’avance sur sa concurrente et un prix de presque 400$. Sony vient ensuite présenter sa stratégie sur le salon et indique que sa Playstation sera disponible en septembre pour moins de 300$.

Sega aura beau avoir 4 mois d’avance, les joueurs n’auront pour la plupart pas eu le temps d’économiser une telle somme à l’époque car avant cette déclaration à l’E3 tout le monde savait que la sortie de la Saturn était prévu pour le 2 septembre 1995. Pour réduire la différence de prix en septembre Sega livrera sa console avec un jeu.

Cette précipitation posa des problèmes aux fournisseurs qui eux non-plus n’étaient pas dans la confidence, alors que pour la Genesis et l’aide de Tom Kalinske Sega gagnait 50% de part de marché, cette fois c’est la débandade suite à tous ces problèmes :
  • Difficile à programmer
  • Prix trop élevé
  • Sortie avancée au jour même de l’annonce
  • Marketing quasi inexistant
Le cas Electronic Arts est révélateur de ce que représentait la Saturn en développement, alors qu’EA suivait Sega depuis la Genesis elle laissera Sega se débrouiller seul sur la Saturn. Sega commencera alors à développer de nombreux jeux de sports sous sa propre marque pour combler le manque de titre EA et rester en concurrence avec Sony sur le marché américain.

Bien que la Saturn ne brillait pas par la 3D c’était tout de même la machine de référence pour les jeux de combat 3D avec des titres comme Virtua Fighter mais malheureusement ce n’est pas le genre de jeu préféré des américains et pour eux une console sans jeu de sport n’est pas digne de se vendre sur leur marché, Acclaim tentera de remedier à cela mais la plupart des titres de cette société ne valaient vraiment pas la peine qu’on en parle ...

C’est tout cela qui fit faiblir la Saturn sur le sol américain mais le pire était encore à venir.

Juillet 1996, Kalinske démissionne de sa place de président de Sega of America, emportant avec lui une grande partie de son équipe. D’autres suivront, comme David Rosen. Le plus grand responsable, celui qui prenait toute les decisions, Hayao Nakayama, gardera sa place. Bernard Stolar prendra la place de Kalinske.

Bernie (pour les intimes) arrêtera le support de la Megadrive et quelques années plus tard arretera la Saturn, laissant ainsi toute la place à la Playstation sur le marché américain. Il annoncera que la Saturn n’est pas le futur de Sega, comptant sur la Blackbelt, aussi nommé projet Katana, mais mieux connu sous le nom de Dreamcast.

Les développeurs courageux n’auront plus qu’à fuir la Saturn sans support de la part de son constructeur. Bernie pensait sauver Sega avec la Dreamcast tout comme Kalinske le fit avec la Megadrive mais c’était en croyant que la Dreamcast serait prête en temps et en heure, ce qui était loin d’être le cas (le syndrome du chef ...). C’est donc Bernie qui enterra définitivement la Saturn sur le marché américain.

Sega a impressionné tout le monde en battant Nintendo avec sa Megadrive mais cette fois c’est le challenger Sony ivre de vengeance envers Nintendo qui remportera le marché. Il se vendra deux fois plus de Playstation que de Saturn sur le sol américain durant toute la période de vie de la console de Sega.

Mars 1998, 3 ans après son lancement, Sega annonce la mort de la Saturn et il faudra attendre encore une année et demie pour revoir une nouvelle console de Sega.

Les autres marchés

Pour l’europe la Saturn suivit le même destin que sa version américaine, l’Europe a toujours suivit le modèle américain avec plus ou moins un an de retard.

Le Japon sera un tout autre marché pour la Saturn, un marché vif et regorgeant de titres de qualité, si Sega of America avait introduit certains titres japonais aux Etats-Unis cela aurait pu changer la donne et éviter 18 mois sans console de la part de Sega.

Pour les titres japonais sur Saturn il existe de nombreux jeux en 2D car cette console n’a plus à démontrer sa suprématie sur la Playstation pour ce genre de jeu. De ce fait il existe une vaste communauté de fans de la Saturn, important les jeux depuis le Japon et cela pendant même l’existence de la machine aux USA, du jamais vu. C’est le boom de l’import sur console de salon, une mode que la Saturn et son marché japonais florissant mettront en place pour les consoles à venir.

Ce système fera naître des titres originaux et de nouvelles sociétés fourniront des jeux impressionnant pour la console de Sega, c’est tout de même Sega qui développera les titres les plus incroyables comme :
  • Nights into dream
  • Shining Force 3
  • Burning Rangers
  • Panzer Dragoon
  • etc.
C’est bien simple, la grande majorité (pour ne pas dire tous) des titres estampillés Sega ou Sonic Team sont des jeux à posséder sur la Saturn, et cela est toujours du au fait que les développeurs tiers avient déjà commencé à abandonner la console maudite de Sega of America.

C’est malheureux à dire mais la Saturn est toujours considérée comme la meilleure console de sa génération au niveau des titres fournit par Sega et Sega est aussi vue comme la compagnie la plus mauvaise pour maintenir un matériel correctement avec de nombreux échecs et morts prématurées de machines encore viables et techniquement puissantes comme :
  • La gamegear
  • Le MegaCD
  • La 32X
  • La Saturn
Et l’histoire se répétera avec la Dreamcast.

Au final

La Saturn est morte suite à une mauvaise gestion sur le sol américain, un marketing inefficace. En fait tout ce qui a fait la gloire de la Genesis n’a pas été utilisé pour la Saturn. Tout le monde sait qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers.
les USA ont complètement ignoré le marché japonais, Bernie enterrant définitivement la Saturn alors qu’en important des titres japonais on pouvait se rendre compte qu’elle était toujours vaillante. De nombreux titres important ne verront pas le jour hors du Japon et au niveau mondial suite à la débâcle américaine, cela fera l’objet d’un autre article plus tard.

Classé dans : Saturn - Mots clés : matériel, Publicité, stratégie

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